Mon rapport à la photo argentique en 2026

Moins de pellicules, plus de sens. Et toujours autant de plaisir.


Il y a deux ans, j’écrivais sur mon rapport à l’argentique en 2024. Les prix avaient explosé, mon stock couleur débordait, et je me demandais comment trouver un équilibre. Deux ans plus tard, beaucoup de choses ont changé. Mon rapport au médium, le choix de mes appareils et la façon d’appréhender tout ça.

En 2024, j’avais environ quarante films couleur au congélateur et moins de dix en noir et blanc. Aujourd’hui, c’est quasiment l’inverse. J’ai vendu pas mal de Portra 400 et toutes ces références isolées qui s’accumulaient sans vraie raison. À la place, J’ai réinvesti une partie dans du noir et blanc. En 2025, j’ai shooté quatorze films. Neuf en noir et blanc, cinq en couleur.

Ce ratio n’est pas un hasard.

Mon rapport à la photo argentique en 2026

Pourquoi le noir et blanc

Je trouve que le noir et blanc tolère beaucoup mieux les mauvaises conditions de lumière. Une journée grise, un contre-jour, une scène un peu plate, ça passe. Ça structure même. La couleur, si c’est pas parfait, eh bien ça rend mal. Et quand je doublais une image en numérique, je préférais souvent la version numérique. Alors à quoi bon ?

Et puis au moins, quand je fais de la photo sur film, c’est pour une autre démarche. Shooter autrement que je le ferais avec mon Fuji. Pas faire tout en double, pas avoir deux versions de la même image en me demandant laquelle garder. Le film en noir et blanc m’apporte quelque chose que je ne retrouve pas ailleurs. Une matière, un grain, une façon de regarder qui m’oblige à penser différemment.

Côté choix de pellicules, je me suis recentré sur deux films qui me conviennent parfaitement. L’Ilford HP5+, polyvalente et indulgente, avec une latitude d’exposition qui pardonne beaucoup. Et la Kentmere 400, plus économique, avec un grain un peu plus marqué qui lui donne du caractère que j’aime beaucoup. Ces deux-là couvrent tous mes besoins en 135 comme en 120.

Je garde quelques Portra au congélateur pour les exceptions. Une lumière magique ou un projet qui le justifie vraiment. Mais ce n’est plus un réflexe.

Faire développer en local

J’ai aussi changé ma façon de traiter mes films. Je fais désormais développer mes pellicules dans un petit labo à Brest et j’assure le scan moi-même avec mon X-H2S, une optique macro et mon kit Valoi Easy120. C’est un peu plus de travail, mais j’aime ce fonctionnement en circuit court qui m’évite d’envoyer mes négatifs. Et le noir et blanc, c’est un vrai plaisir à scanner. Rapide, satisfaisant, sans prise de tête sur les dominantes de couleur.

Moins d’appareils

J’ai fait du tri dans le matériel. J’ai vendu ma Super 8, dont le coût par bobine devenait difficile à justifier pour un usage si rare. Et j’ai vendu mon Nikonos V.

Le Nikonos, c’était un rêve. Un appareil que j’avais toujours voulu posséder, celui de Cousteau, celui des pionniers de la photo aquatique. Le vendre, c’était un peu renoncer à ce rêve. Mais le constat était là. Même en numérique avec un caisson moderne, la photo de surf génère beaucoup de déchet. Alors sur 36 poses avec un appareil manuel, sans vraie visée, autant dire que sortir une bonne image relevait du miracle. J’ai d’autres solutions pour faire des images dans l’eau. Si un jour l’envie revient sur pellicule, je chercherai peut-être un caisson pour le F100.

Aujourd’hui, mon parc tient en quatre boîtiers.

Le Mamiya 645 1000s est une évidence. C’est une approche totalement différente, un format à part, une lenteur qui me fait du bien. Et puis c’est l’appareil de mon père. Ça n’a pas de prix.

Le Nikon F100 vient aussi de mon père. Avec son autofocus et son ergonomie moderne, c’est un appareil qui peut m’accompagner partout, y compris sur des tournages où je dois documenter vite et bien. Je l’ai emmené à Saint-Pierre-et-Miquelon cet hiver, c’était parfait.

Le Contax T2, je l’aime bien, le bougre. Il tient en poche, il fait quasi aussi bien qu’un reflex, et il a cette qualité d’objet qu’on a plaisir à sortir. Avec l’arrivée du X-E5 et son pancake, je me suis posé la question de le vendre. Mais non. Il garde sa place pour les aventures, les tournages, les moments où je veux de la pellicule sans m’encombrer.

Le Nikon FM2 est un cas particulier. Il n’est pas sorti depuis le printemps 2024. Et pourtant, je ne me vois pas le vendre. C’est un appareil que j’ai acheté il y a plus de dix ans, que j’ai payé presque rien, et qui pourrait me survivre. J’aime son histoire, j’aime son côté un peu indestructible. Il aura ses moments. Peut-être pas souvent, mais il les aura.

Mon rapport à la photo argentique en 2026

L’arrivée du X-E5 a changé pas mal de choses. Ce petit boîtier avec le pancake 27mm, c’est devenu mon appareil du quotidien. Celui que je glisse dans un sac sans y penser. Celui qui documente la vie de famille, les petits riens, les moments entre deux.

Ce rôle, c’était celui du point and shoot sur pellicule avant. Shooter tout et rien, accumuler les poses, attendre les scans. Aujourd’hui, je ne vois plus l’intérêt de faire ça sur film. Le coût, le délai, et surtout, pour quel résultat que le numérique ne pourrait pas m’offrir ?

Alors la pellicule a pris une place différente. Plus rare, plus intentionnelle. Moins de déclenchements, mais chacun compte. La photo sur film n’a de sens que si elle m’apporte quelque chose d’irremplaçable. Pas par nostalgie, pas parce que c’est cool, pas pour le folklore. Juste parce que ça nourrit ma façon de voir.

Le noir et blanc me donne ça. Le ralentissement. La matière. Ce petit truc en plus au moment du scan, quand l’image apparaît et qu’elle a cette densité particulière.

Et si un jour je réalise que mon numérique me suffit totalement, que même le noir et blanc sur film ne m’apporte plus rien de spécial, alors j’arrêterai. Sans culpabilité. Les boîtiers resteront là, prêts, le jour où l’envie reviendra.


PS: Pour prolonger → mon podcast Slow is Beautiful
et ma page essentiels pour les curieux.