Quand je sors de la maison sans raison particulière, j’attrape très souvent le X-E5. Jamais le X-H2S. Ça fait des mois que ça se passe comme ça et je ne m’étais jamais vraiment posé la question.

Ce n’est pourtant pas une histoire de performances. Le X-E5 hérite de presque tout ce que le X-H2S sait faire, avec quelques sacrifices, dans un boîtier bien plus petit. Et si je suis honnête, il y a sans doute un monde où je pourrais lui en demander beaucoup plus que ce que je lui demande aujourd’hui.
J’ai d’abord mis ça sur le compte de la taille et du poids. C’est vrai, et c’est même un vrai atout. Avec le petit 27 mm pancake, le X-E5 tient dans un hip bag et il n’y a aucune hésitation à avoir, on prend et on verra bien. En creusant un peu, je crois que ce que j’aime, c’est de n’avoir qu’à profiter de l’instant présent, pas du matériel ni de ses réglages.
La photo au quotidien
Le X-E5 est du côté de ceux qui se font oublier. Tout y est simple, l’ergonomie tombe sous les doigts sans qu’on ait à y penser, et il n’y a jamais ce moment où je me bats avec un menu pendant que la scène se déroule devant moi. Il est juste là, dans le sac ou autour du cou, prêt pour l’instant que j’avais prévu comme pour celui que je n’avais pas vu venir. C’est bête à dire, mais un appareil qui ne se rappelle jamais à moi finit par être celui que j’emmène partout.
Le Contax T2 arrive au même résultat par l’autre chemin, en plus radical encore. Il ne me laisse quasiment rien décider. Je le glisse dans une poche sans y penser et je le ressors quand une scène se présente. Deux appareils que tout oppose, un hybride récent et un point & shoot argentique de 1990 qui sort de temps à autre, et exactement la même sensation à l’usage.
Le mouvement
L’Osmo Action 6 est sans doute l’outil le plus « marginal » de mon parc. Elle ne prétend à rien, une focale grand-angle, peu de réglages et c’est tout. Et c’est précisément pour ça qu’elle trouve sa place partout, pendant une session de bellyboard, en voyage ou sur un moment de vie en famille. Des images sans prétention, mais un appareil tellement adapté qu’il ne vient jamais grignoter le terrain de l’expérience qu’il documente. On sort de l’eau avec quelque chose et on n’a rien sacrifié de la session pour l’avoir.
J’ai snobé les Osmo Pocket pendant des années. J’ai fini par acheter une Pocket 3 par curiosité, juste pour voir, en me disant que je la revendrais si ça ne prenait pas. Le coup de cœur a été immédiat. 3 mois plus tard, l’usage était tellement installé que je suis passé à la Pocket 4P pour pousser l’expérience un cran plus loin. Deux focales fixes, une stabilisation qui se débrouille toute seule, aucune décision à prendre et ça tient dans une poche. Je ne l’ai que depuis quelques jours, donc je manque de recul pour dire si le plaisir dure aussi bien qu’avec la 3, mais je ne suis pas très inquiet.
C’est d’ailleurs en testant la Pocket 3 que j’ai compris que mon RS4 Mini ne servirait plus à grand-chose. La 4P a définitivement clos le débat, il est vendu.
Les optiques
Le Fuji XF 33 mm f/1.4 est un vrai coup de cœur, pour son rendu avant tout, une douceur et un contraste que je trouve d’une justesse rare. Le Sigma 18-50 mm f/2.8 est dans le même cas, pour des raisons opposées. C’est l’objectif qui m’a réconcilié avec les zooms, et sa polyvalence m’a donné accès à des images que je n’aurais jamais faites autrement, en mer, dans le caisson ou partout où changer d’optique n’est pas une option. Lui non plus ne m’enlève rien, il me retire juste une contrainte dont je me serais bien passé.
La lenteur
Et puis il y a le Mamiya m645 1000s, qui ne rentre dans aucune de ces cases.
Il est lourd, lent, encombrant. Il faut le vouloir, et il ne se fera jamais oublier. Quinze vues, pas une de plus, un film qui coûte cher à acheter comme à développer. Tout, dans cet appareil, m’oblige à ralentir et à ne déclencher que quand ça vaut vraiment le coup. Là où le X-E5 est une envie qu’on suit sans réfléchir, le Mamiya est une intention, décidée bien avant d’appuyer sur le déclencheur. Ce n’est pas toujours le bon choix, loin de là. Il m’arrive de le prendre et de comprendre en chemin que j’aurais mieux fait d’emporter autre chose. Mais quand c’est le bon jour, il n’y a rien de comparable.
Au printemps, à Meneham, son déclencheur m’a lâché en fin de rouleau. Il est parti en Belgique, chez Camera Revival, qui l’a réparé et entièrement révisé. Le voilà reparti pour cinquante ans.
J’aurais sans doute mis moins de temps et moins d’argent à en commander un autre sur eBay. Mais ça n’aurait pas été le même. Celui-là, il vient de mon père, il a appartenu avant lui à un photographe de reportage dont je me souviens encore, et je connais son histoire par cœur. Continuer l’aventure avec lui plutôt qu’avec un inconnu, ça n’a rien de rationnel, et c’est sans doute une bonne partie de ce qui me donne envie de m’en servir.

Mis bout à bout, ça ne ressemble plus vraiment à un setup de professionnel. Un petit boîtier avec un pancake, une caméra qui tient dans la main, un moyen format de 1975. Il fut un temps où ça m’aurait gêné, où j’aurais eu besoin que le matériel ait l’air à la hauteur du travail. Je ne dis pas que j’ai raison, il y a sans doute autant de bonnes façons d’aimer un appareil qu’il y a de photographes. C’est juste qu’après toutes ces années à faire des images, j’ai fini par comprendre ce qui me met vraiment en mouvement, et ce n’est pas ce que je croyais en commençant.
Rien de tout ça n’enlève quoi que ce soit au reste de mon matériel. Le X-H2S tient l’exigence pendant que le X-E5 tient l’envie, et il me faut vraiment les deux. Sans les outils qui bossent, je ne pourrais pas travailler correctement, et ce n’est pas un reproche de dire qu’ils ne me font pas sortir un dimanche. Ce n’est pas leur rôle.
Mais ce sont bien les autres qui entretiennent la flamme. Ils me donnent l’impression de faire des images avec légèreté, sans enjeu, presque en jouant, et c’est exactement dans cet état-là que j’ai envie d’essayer des choses. Une focale que je n’utilise jamais, un angle bancal, une idée de montage qui me trotte dans la tête depuis des semaines. Ça rate souvent, ça marche parfois, et dans les deux cas j’apprends quelque chose que je n’aurais pas appris en restant sagement dans ce que je sais déjà faire.
Et tout ça finit par revenir là où on ne l’attend pas. Sur un tournage, où plus rien n’est laissé au hasard, ces expérimentations ressortent sans prévenir et nourrissent le travail. C’est sans doute ce qui me permet d’arriver serein sur à peu près n’importe quel projet, avec l’envie de chercher encore quelque chose plutôt que de dérouler une recette qui a déjà marché.
PS : Pour prolonger → mon podcast Slow is Beautiful
et ma page essentiels pour les curieux.