Mon problème avec le papier

Et pas qu'avec le papier...


Je suis quelqu’un de curieux. C’est cool d’être curieux, mais parfois, ça complique un peu la vie. J’entends par là que cette curiosité m’invite toujours à creuser un sujet un tout petit peu plus loin et ça, c’est valable pour tout. Quand je dis pour tout, c’est vraiment pour tout. Par exemple, j’ai dû récemment remplacer un de mes jeans qui était mort et il m’était impensable d’aller dans le premier magasin pour prendre le premier pantalon qui me va. Non, ça aurait été trop facile. Il a fallu que je creuse l’histoire du tissu, sa durabilité, d’où il vient, dans quel atelier il a été confectionné. Ce n’est pas une contrainte, c’est presque un besoin, celui de faire un choix en pleine conscience plutôt qu’un choix par défaut.

Ce n’est pas vraiment une quête de perfectionnisme ni de snobisme, ça ne m’intéresse pas, en revanche, je cherche toujours à faire des choix qui répondent à mes valeurs et à mes besoins, et pour ça, je suis bien incapable de le faire à l’aveugle. Et puis, je crois que ça me plaît bien de me perdre dans les méandres du web, de trainer sur un fil Reddit puis de trouver des informations sur des blogs jusqu’à avoir assez de matière pour comprendre de quoi je parle.

Mon problème avec le papier

Je repense souvent à ce que disait Yvon Chouinard dans Let My People Go Surfing : pousser une passion jusqu’à 80 % de maîtrise, et s’arrêter là, parce que les 20 % restants demandent trop de temps et de ressources pour ce qu’ils rapportent en plaisir. Je crois que c’est exactement ça que je cherche avec le papier. Pas devenir l’expert du stylo plume, juste en savoir assez pour faire un choix qui me ressemble, et passer à autre chose.

Les carnets et les stylos, c’est une attirance qui remonte loin. Et avec l’âge, cette attirance s’est juste affinée, elle s’est transformée en une envie de peaufiner mes usages plutôt que d’accumuler les objets. Cette quête du carnet parfait commence avec le Louise Carmen Honoré que Marion m’a offert. Il peut réunir deux carnets au format 21x13cm, soit un peu plus étroit qu’un A5. C’est un format que j’aime bien, qui me suit un peu partout et dans lequel je journalise pas mal de choses. Sauf qu’assez vite, un problème technique s’est invité dans cette histoire d’amour. Mon stylo plume, un Kaweco Brass Sport, bavait sur ce papier. L’encre avait tendance à très vite pénétrer dans le papier, c’était pas grand-chose, mais suffisant pour m’agacer à chaque page. J’ai mis du temps à comprendre que ce n’était pas une question de grammage, mais une question d’encollage : ce papier n’était simplement pas taillé pour écrire à la plume.

Là, j’aurais pu changer de stylo. Non. J’ai cherché une recharge compatible avec le format Louise Carmen. Rien. Le format est propriétaire, personne d’autre ne le fait à l’identique. Je me suis donc mis en quête d’un carnet A5 avec une reliure agrafée, pour ainsi le retailler en largeur et l’utiliser avec mon porte-carnets. Et c’est là que j’ai fait ce que je fais toujours, j’ai cherché LE papier de référence. Le Midori MD Paper, réputé dans le petit monde du stylo plume comme la Rolls du genre. Je l’ai donc pris les yeux fermés. Alors oui, le papier ne boit pas l’encre, mais à l’inverse, j’écrivais avec un flux d’encre irrégulier, des démarrages de plume difficiles, presque à sec sur les premiers traits. J’ai fini par comprendre que le MD est trop peu absorbant. Un excellent papier, sur le papier. Pas pour moi, pas avec ce stylo.

J’étais tellement sûr de mon coup, car si je pousse souvent mes recherches, c’est pour éviter toute déception. J’avoue qu’à ce moment, toutes mes certitudes sur le papier idéal se sont effondrées et j’ai dû changer de stratégie. Dans mon bureau, j’avais un bloc de papier A4 de chez Oxford qui trainait, le genre de bloc qu’on trouve partout, de la papeterie spécialisée à la grande surface. Quelque chose de très banal. Je l’ai donc attrapé et j’ai commencé à écrire quelques lignes avec mon stylo plume et là, plus rien à redire, c’était parfait. La plume glissait bien sur le papier, l’encre se déposait comme il faut et aucun souci avec la transparence du papier. J’étais tellement focus sur une recherche de niche que j’avais totalement balayé les options les plus évidentes. C’est là que je suis reparti dans mes recherches de carnet souple A5 avec une reliure agrafée afin de pouvoir remplacer les recharges Louise Carmen. (Après une petite retaille en largeur si vous avez bien suivi)

Je suis finalement tombé sur le Rhodia Carnet Piqué Classic. Rien d’exotique là-dedans. Rhodia partage d’ailleurs son papier avec Clairefontaine, les deux sortent de la même papeterie vosgienne. J’ai pris un exemplaire de test, pour être sûr cette fois. Et ça marche. Juste un carnet qui fait ce qu’on lui demande.

La morale de cette histoire, c’est que le carnet le plus réputé peut très bien ne pas s’accorder avec mon stylo, mon écriture, mon geste. Et parfois, le bon choix, c’est le carnet qu’on trouve dans n’importe quelle papeterie de quartier. Ce n’est pas très romanesque à raconter, mais c’est très honnête.

PS : Pour prolonger → mon podcast Slow is Beautiful
et ma page essentiels pour les curieux.