
Il y a ces notes que l’on garde précieusement dans son carnet. Les notes de ce voyage en font partie. Presque deux ans qu’elles attendent d’être relues et racontées ici, sur ce blog. J’avais peur d’y toucher, comme si les relire et en publier une partie allait définitivement fermer un chapitre. L’avenir m’a prouvé le contraire, mais ça, ce sont encore d’autres notes qui attendent leur moment.
Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, revenons encore plus loin dans le passé, quelques jours avant Noël 2023.
Je me rappelle encore de l’appel de Jeremy. Il venait lui-même de recevoir un coup de fil de la part d’une agence qui cherchait un prestataire vidéo pour répondre à un besoin de réalisation d’un film pour Saint-Pierre-et-Miquelon. Cette agence a pensé à Captain Yvon pour ce projet et forcément, quand j’ai Jeremy au bout du fil, je sens énormément d’excitation dans sa voix, excitation que je partagerai très vite avec lui quand il aura fini de m’expliquer le projet.
Le truc, c’est que c’est un appel d’offres. Nous sommes donc en concurrence avec d’autres prestataires et nous n’avons que 2 jours pour préparer une réponse créative ainsi qu’un chiffrage du projet. 2 jours, c’est court, très court, encore plus quand tu commences presque à fêter Noël en famille. Quoi qu’il en soit, nous avons fait le maximum pour répondre dans les temps et nous n’avons plus qu’à attendre.
Les semaines et les mois passent sans aucune nouvelle. On commence à se faire une raison. On est début mars, je suis au Maroc, totalement déconnecté, mais dans un moment où je capte un bout de wifi, je reçois une notification : un message vocal de Jeremy dans lequel il m’explique que nous avons été choisis pour réaliser la vidéo à Saint-Pierre-et-Miquelon. J’ai du mal à réaliser.


Après plusieurs mois de préparatifs et d’échanges avec le client, nous y voilà. Nous sommes sur le point de décoller de Paris pour nous rendre à Montréal, une escale indispensable avant de rejoindre l’archipel.
Mais je pense que l’aventure commence véritablement lorsque nous sommes montés dans le petit ATR à Montréal, un avion à hélices pas plus grand qu’un bus. L’ambiance était déjà particulière, l’hôtesse semblait connaître presque tous les passagers, nous faisant réaliser que nous étions probablement les seuls “étrangers” à bord. C’était un avant-goût de l’atmosphère unique qui nous attendait. Dans 3 heures, nous serons enfin à destination.
Notre arrivée à Saint-Pierre sera surprenante par son efficacité. En moins de cinq minutes, nous avions récupéré nos bagages, notre voiture de location, et déjà l’aéroport s’éteignait derrière nous. Les pilotes et l’hôtesse rentraient chez eux, l’avion était rangé dans son hangar. Mais dans quel monde avons-nous mis les pieds ? J’ai presque l’impression de vivre la scène du film Walter Mitty dans laquelle il se retrouve à l’aéroport désert de Nuuk à choisir entre la voiture de location bleue et la rouge.

On comprendra vite que tout est comme ça sur l’archipel. La charge mentale est différente, rien n’est jamais bien loin, rien ne prend jamais trop de temps. Une vie isolée et insulaire, mais une vie douce et tranquille, loin des tracas que nous connaissons tous.
Arrivés le soir, nous faisons connaissance avec notre client avant de rejoindre notre hébergement et nous reposer après un long voyage.
Le lendemain, décalage horaire oblige, nous nous réveillons tôt. Qu’importe, c’est l’occasion d’aller flâner à pied dans les rues de Saint-Pierre, appareils photo en main, pour faire connaissance avec cette paisible petite ville. Nous tombons vite sous le charme de toutes ces maisons colorées en bois.




On comprendra vite également qu’ici, c’est facile de s’intégrer. Tant qu’on ne se comporte pas comme des maudits Mayous (je vous laisse chercher la traduction), on est plutôt bien accueillis où qu’on aille. Tant mieux, car une grosse partie de notre mission est d’aller à la rencontre de différents habitants de l’archipel pour documenter et raconter leur art de vivre, dans le but d’inspirer de nouvelles familles à venir s’installer à Saint-Pierre-et-Miquelon.



On commence à s’habituer à Saint-Pierre. Nous avons nos repères, des habitudes se mettent en place, mais nous devons partir un peu plus de 24 h sur Miquelon, l’île voisine. Pour s’y rendre, soit le ferry, soit l’avion. Pour ce premier trajet, faute de ferry ce jour-là, nous y allons en avion. C’est la première fois que je me rends dans un aéroport pour prendre l’avion sans avoir de ticket et le prendre au guichet comme on prendrait un ticket de bus. Un simple vol de 10 minutes. Pour ceux qui se demandent l’intérêt de prendre l’avion pour ça et le bilan carbone que ça implique, je tiens à préciser que l’avion est important dans des archipels isolés comme Saint-Pierre-et-Miquelon. C’est un lien avec les autres qui est indispensable et on ne peut pas comparer avec notre vie métropolitaine.




Bref, nous voici à Miquelon pour de nouvelles rencontres. Mais on a un peu de temps aussi, donc on en profite pour aller randonner dans la vallée de la Cormorandière, dans le cap Miquelon. Franchement, on se prend une vraie claque. L’endroit est magnifique, on y croise quelques chevreuils et on tombe sous le charme de cette nature vierge et authentique. Il faut dire que Miquelon est nettement plus vaste que Saint-Pierre. 110 km² contre 26 km². Et je ne parle pas encore de Langlade, une autre île reliée à Miquelon, mais on y reviendra.
Miquelon a beau être beaucoup plus vaste, il n’y a que 600 habitants. Autant dire que tout le monde se connaît, nous ne passons pas inaperçus et on nous reconnaît vite. D’ailleurs, lors de notre second voyage en mars 2025, en revenant à Miquelon, les gens se souvenaient de nous. Mais ça, on en reparlera dans un autre récit.



Retour à Saint-Pierre, par le ferry cette fois, pour la suite de notre tournage. Nous continuons nos rencontres et aventures, comme cette rando avec Gilles sur les hauteurs de l’île. Saint-Pierre n’est pas aussi grand que Miquelon, mais je dirais qu’il n’y a environ qu’un quart de la superficie qui est urbanisé, le reste, c’est que de la nature sauvage. Donc être en ville, faire ses courses, puis en moins de 5 minutes se retrouver seuls au monde, c’est une sensation assez folle que nous retrouverons très souvent.








Saint-Pierre, c’est aussi l’île aux Marins, une petite île dans la baie de Saint-Pierre. Inhabitée depuis le début des années 60, c’est un autre monde hors du temps. Un vestige de l’époque de la grande pêche. C’est là que la vie était et aujourd’hui, il ne reste que quelques maisons et l’église qui sont soigneusement entretenues par les héritiers des familles de pêcheurs.
On n’est qu’à 10 minutes de Saint-Pierre, mais on a l’impression que le temps s’arrête et on comprend pourquoi les gens du coin aiment venir ici pendant leurs vacances. Pas besoin de partir loin pour se sentir ailleurs et déconnecté de son quotidien, l’île aux Marins en est la preuve.
Les jours passent et la fin du tournage approche. On commence déjà à sentir une petite nostalgie s’installer alors qu’il nous reste quelques jours avant de rentrer chez nous.
Mais avant, nous devons retourner à Miquelon pour de nouvelles rencontres. Le temps commence à changer, le vent s’est levé et les nuages se sont installés. Il y a quelques jours, nous nous baladions en t-shirts alors qu’aujourd’hui nous avons enfilé les bonnets et les doudounes. Bien équipés, nous pouvons découvrir deux nouveaux endroits, le Grand Barachois pour observer les colonies de phoques, puis nous rendre sur Langlade, un vrai coup de cœur.
C’est fou de se dire que nous sommes techniquement en France alors que tout autour de nous pourrait nous dire le contraire. Des maisons en bois coloré, des véhicules américains et des forêts boréales remplies de sapins baumiers dont nous tomberons amoureux de l’odeur.









Une dernière traversée houleuse pour rejoindre Saint-Pierre et voilà qu’il est temps de refaire les valises et de rentrer à la maison. L’ambiance est particulière dans la petite salle d’embarquement. Nous sommes contents de retrouver nos familles, mais j’ai l’impression de laisser une partie de moi sur ces îles. La petite larme n’est pas loin, mais ce n’est qu’un départ. Nous reviendrons bientôt, mais ça, nous ne le savons pas encore.
Et voilà, voici un aperçu de ces quelques notes que je suis content de partager aujourd’hui. Il y aurait encore beaucoup à dire, mais un autre article arrive et pour prolonger l’aventure, je vous invite à (ré)écouter l’épisode de podcast que nous avons consacré à Saint-Pierre-et-Miquelon.
PS: Pour prolonger → mon podcast Slow is Beautiful
et ma page essentiels pour les curieux.