Le 21 octobre 2022

Le paradoxe Islandais

Leçon tirée de 10 jours passés en Islande.

Il y a environ un mois, je m’envolais pour l’Islande, 8 ans après mon premier voyage. J’étais très excité et impatient de retrouver les décors qui m’avaient séduit et découvrir ce que je n’avais pas pu voir la fois précédente. 10 jours pleinement consacrés à la création d’images, 10 jours pour se ressourcer et s’inspirer… Sauf qu’au lieu de m’inspirer, j’ai remis en question pas mal de choses.

Le paradoxe Islandais

Après avoir enchainé plein de projets, j’avais envie de quelque chose de simple. Et pour ça, passer quelques jours en Islande me paraissait une super idée. Je n’étais pas seul, car j’ai partagé cette aventure avec mon pote Yves, également photographe indépendant. Tous deux, nous voulions nous déconnecter de notre quotidien, de passer beaucoup de temps dans la nature et créer des images. Ah oui, je voulais également voir des aurores boréales, un vieux rêve qui trainait dans un coin de ma tête.
Bref, en soi, l’Islande est un paradis pour tout ça. De grands espaces sauvages, des aurores boréales, des lumières incroyables, un paradis pour tous les photographes. Je ne voulais pas y aller avec un projet en tête, je voulais juste prendre du plaisir à déclencher et passer du temps dehors, sans prise de tête. Sauf qu’au bout de quelques jours, je n’arrivais pas à trouver ce que j’étais venu chercher, je ne prenais aucun plaisir à photographier toute cette beauté qui s’offrait à moi. Yves étant exactement dans le même cas que moi, on commence à remettre des choses en question, on cherche à comprendre pourquoi.
À chaque fois que je prenais un bel endroit en photo, j’étais content, mais j’avais ce sentiment de « déjà vu » qui gâche de plaisir. Par exemple, je rêvais d’aller voir le Vestrahorn et la plage de Stokksnes qui est un grand classique, mais qui me fait rêver à chaque image de surf que je peux voir là-bas. Nous y sommes donc allés au lever du jour et là où je m’attendais à un grand espace sauvage, on commence par prendre un ticket au restaurant de Stokksnes, ticket qui nous autorise à nous garer plus proche de la plage. Un premier goût amer du tourisme de masse. Je le comprends, mais ça fait mal quand on ne s’y attend pas. Le soleil n’est pas encore levé qu’un petit défilé de voitures s’avance et se garent, laissant ainsi sortir un défilé de photographes se dépêchant d’aller poser leurs trépieds pour choper le meilleur angle. Ce genre de course à la même photo me freine d’un coup, je ne me sens pas du tout à ma place et pourtant, je suis là pour la même chose qu’eux, profiter du panorama et le photographier. Je suis donc un touriste parmi les touristes.

Le paradoxe Islandais

Fort heureusement, je partage avec Yves cette vision de la solitude en pleine nature et l’essentiel de notre voyage s’est tourné vers des endroits plus difficilement accessibles et donc moins peuplés… En théorie.
En étant un peu malin et en avançant sur les pistes assez tôt, il était rare que nous croisions du monde. Et plus il y avait de rivières à traverser en 4x4, moins il y avait de monde, nous avons donc fait en sorte de traverser un maximum de rivières pour aller le plus loin possible et profiter de paysages totalement incroyables et déserts.

Le paradoxe Islandais
Le paradoxe Islandais
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Le paradoxe Islandais
Le paradoxe Islandais

Si passer du temps dehors nous changeait clairement de notre quotidien, même les paysages les plus incroyables nous paraissaient presque fades. L’Islande est tellement exposée sur les réseaux sociaux que j’avais l’impression de la connaitre par cœur alors que je voyais la plupart des paysages pour la première fois. Comment faire autrement en 2022 ? Comment documenter une destination qui a été photographiée sous tous les angles ?
Même le plaisir de mes incroyables rencontres avec les aurores boréales était un peu gâché. Le spectacle était génial à vivre, mais je sais pertinemment que mes images n’ont rien d’extraordinaire, il y a plein de meilleures images partout sur internet.

Le paradoxe Islandais

S’il y a bien un mot qui défend la vision que j’ai de mon travail, c’est l’authenticité. En étant en Islande à faire des photos de touriste, je n’avais pas du tout le sentiment d’être en phase avec cette authenticité. Nous devions sans doute être parmi les touristes les plus authentiques, car nombreux sont les touristes à poser pour les réseaux sociaux, mais il manque un petit truc pour ajouter cette dose d’authenticité à ce voyage.
Ce petit truc, c’est un sujet de fond. Si quelques jours plus tôt nous avions décollé pour l’Islande avec un sujet de fond, nous ne serions pas en train de tout remettre en question et nous aurions l’impression de contribuer à un projet avec du sens et un but. Malheureusement, nous ne pouvons pas changer tous nos plans en cours de route, mais c’est une belle leçon. Elle est dure à se prendre en pleine face quand tu es en plein voyage, mais elle a quelque chose de super motivant pour les projets suivants.
Ce qui est marrant, c’est que je n’ai pas voulu prendre le risque de documenter tout le voyage à l’argentique, mais après avoir reçu les scans de mes 4 bobines shootées sur place, ce sont finalement les images qui me plaisent le plus. Celles que j’ai réalisé avec un petit point & shoot que j’avais toujours avec moi, celles qui montrent de la vie et des scènes intéressantes à mes yeux. Moralité, si je devais repartir demain en Islande, il faudrait que je le fasse avec un vrai sujet et des appareils qui me donnent du plaisir.

Le paradoxe Islandais
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Je termine avec l’endroit qui nous a sans doute le plus marqués, la plage de Reynisfjara où les comportements les plus inappropriés se sont enchainés sous nos yeux médusés… Mais qu’est ce qu’on foutait là franchement ?

Le paradoxe Islandais
Camera Films
Fuji X-T3 & Konica Big Mini Portra 400, Portra 800, Earl Grey 100 & Fuji C200

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